Les mythes chez Platon
Nestor-Luis Cordero
Professeur émérite de philosophie à l'université de Rennes I
- La politique : le Protagoras.
jeudi 26 janvier 2012 à 15h00
Qu'un philosophe (quelqu'un dont l'"outil" de travail est la raison) raconte des mythes peut sembler étrange. C'est le cas de Platon. Mais Platon forge de toutes pièces les mythes qu'il présente, et il le fait pour des raisons didactiques, afin d'inciter le lecteur à approfondir des questions dont l'accès est difficile. Le mythe raconte une histoire; après, c'est la raison qui doit s'occuper de justifier le récit mythique. Dans le mythe raconté dans le dialogue Protagoras il est question, de l'origine de la "technique politique". Platon donne la parole au sophiste Protagoras, qui est un personnage historique mais qui est utilisé par Platon non pas comme un philosophe réel, mais comme le prototype du bon législateur, pour exposer sa propre idée sur l'origine de la "sociabilité" qui doit être à la base du "contrat social"
- L'amour : Aristophane et Diotime dans le Banquet
jeudi 2 février 2012 à 15h00
Le Banquet est un dialogue consacré par Platon à l'amour, mais, avant de donner son point de vue personnel sur la question, il fait exposer à une série des convives à un banquet leurs théories à propos du sujet. Le discours le plus pittoresque et révolutionnaire est celui d'Aristophane, qui prépare d'une certaine manière celui de Socrate: l'amour est une force qui pousse chaque individu à chercher ce que lui manque. Platon, comme d'habitude, s'exprime par l'intermédiaire de son porte-parole, Socrate, mais celui-ci, à son tour, expose ce qu'il a appris de la part de la prêtresse Diotime, seul personnage féminin dans un dialogue de Platon.
"daïmon", un être intermédiaire entre les hommes et les dieux, qui veut acquérir ce que lui manque: la sagesse.
- l'origine de l'être humain : le politique
jeudi 9 février 2012 à 15h00
Après avoir écrit la République, Platon revient sur son sujet préféré, l'organisation de la société et les règles qui permettent d'atteindre la perfection humaine dans cité, dans un ouvrage tardif, le Politique. Certainement; après une expérience politique décevante en Sicile, il modifie sa théorie sur le gouvernement de la cité (confié, dans la République, aux philosophes), car il réalise que son projet précédent était plutôt idéaliste. Comme l'être humain n'est pas seulement un schéma théorique, mais aussi une entité matérielle, il propose comme gouvernant l'image d'un berger divin. Mais il doit expliquer d'abord pourquoi l'être humain est un mélange de raison et de nécessite, et il raconte les origines de l'homme dans un mythe qui propose deux sortes de cycles : le premier, commandé par les dieux, et le deuxième, inversement, abandonné à lui-même. Nous vivons dans un troisième cycle, mélange des deux.
- Le cosmos : le Timée
jeudi 16 février 2012 à 11h00
Si la philosophie de Platon a pu traverser sans trop des risques les frontières qui séparent l'Antiquité du Moyen Âge, dominé par les impératifs de la religion et de la foi, c'est grâce au Timée. Dans ce dialogue, qui expose une cosmologie totale, c'est un ouvrier divin, le démiurge, qui "fabrique" le monde. Mutatis mutandis, interprété métaphoriquement, il n'était pas si éloigné du Dieu unique judéo-chrétien, même s'il travailla avec des matériaux pre-existants, donc, éternels. Comme l'univers est envisagé comme un être vivant, l'artisan divin doit prendre comme modèle l'être vivant éternel, qui se trouve dans l'univers des Formes. Or, tout être vivant est un mélange d'une âme et d'un corps. Le démiurge fabrique d'abord l'âme du monde, car c'est elle qui doit déclencher le mouvement et veiller pour la suite des événements. C'est après le tour du corps, et tout ce qui se trouve dans l'univers, l'être humain y compris. Le mythe est exposé par un Pythagoricien, Timée de Locres. Platon partage-t-il ses points de vue?